Léon Prost
PORTRAIT

Par Christophe Leray dans Chroniques d’architecture

Philippe Prost inscrit son travail dans « l’épaisseur du temps », même quand son actualité, en 2017, semble se télescoper. La Monnaie de Paris qui ouvre au public le 30 septembre, la livraison au début de l’été de la Cité des Électriciens dans le Nord, un concours pour les ports d’Antibes et Juan-les-Pins gagné en février. Et encore des acclamations pour l’Anneau de la mémoire. Portrait.

Philippe Prost a tout d’un académiste, il est bavard et possède une culture encyclopédique de l’histoire de l’architecture. Multi diplômé (architecture, urbanisme, patrimoine), il était apparemment voué à être historien, chercheur passionné par l’analyse de la transformation des îlots parisiens entre le XVIII et le XXe siècle. Sans parler d’un goût prononcé pour les ingénieurs militaires – « un corps qui remonte à Philippe Auguste, organisé par Henri IV » – car ils construisaient les routes, les ponts, les places fortes, les églises, etc. « Ils étaient les architectes-paysagistes de leur temps, dans un territoire frontalier extrêmement varié », dit-il. Il relève que les ingénieurs militaires devaient proposer des projets chiffrés. Son ouvrage sur Vauban (prix du livre d’architecture de l’Académie, 2008), fait autorité.
Le rendez-vous a lieu en septembre 2017 dans son agence, rue d’Uzès à Paris, près des grands boulevards. Il y a aménagé au mois de mai dernier et l’espace est encore encombré de cartons et de piles de dossiers éparses. Dans l’entrée un échantillon de tous les matériaux de la Monnaie de Paris occupe le sol dans le cadre d’une prochaine exposition. Avant, son agence était située rue des jeûneurs, une rue parallèle, à deux pas. Il habite tout près. Dans Paris, il se déplace à vélo.
L’agence, constituée de bureaux au sens haussmannien du terme, ne ressemble pas à un cabinet d’architecte. L’espace s’enroule autour d’un vide sur cour, une autre partie est à l’étage au-dessus. Il faut sortir, monter l’escalier de bois qui grince, arriver dans une soupente et découvrir l’atelier maquette.
Dans sa bibliothèque, des livres précieux. Philippe Prost sort son édition de l’Atlas Vasserot et Bellanger (1827-1836) qu’il connaît par cœur, montre les plans de la Monnaie de Paris dont il a effectué la réhabilitation et restructuration et qui, pour la première fois depuis 1150 ans, a ouvert ses portes au public le 30 septembre 2017. « J’ai découvert la Monnaie bien avant le concours », souligne-t-il en tournant les pages de l’Atlas avec affection. Il n’y a pas de hasard. Et pourtant si puisqu’il ne savait pas qu’il était architecte.
« J’apprécie encore de regarder plans et cartes », dit-il. Et de faire un détour par La Rocca d’Anfo, forteresse réhabilitée par les ingénieurs militaires de Napoléon. Leur travail, qui date du tout début du XIXe siècle, s’appuie sur une cartographie détaillée du lieu, avec les toutes premières courbes de niveau, selon les nouvelles théories de l’Ecole Polytechnique militaire de Paris en vogue à l’époque. La cartographie en sera révolutionnée.
« L’IGN, l’Institut géographique national, est issu de l’armée », note Philippe Prost, admiratif. « Disposer d’un modèle du relief offre la capacité de concevoir le projet différemment et un nouveau rapport à l’espace », soutient-il. Chercheur érudit, il s’inscrivait donc dans une approche historique et chronologique de la transformation des sites. Il est aujourd’hui professeur et président du conseil d’administration de l’école de Paris-Belleville. L’enseignement était d’évidence une voie tracée. Pourtant le voilà architecte. Et pas qu’un peu.
Bon élève, il rêvait de faire de la musique, il est accepté au conservatoire. Il se retrouve par hasard à l’école d’architecture. « Après quatre ans d’archi, j’arrête la musique », dit-il à propos d’une passion qui s’est imposée à lui. Chercheur à l’Institut Français d’Architecture, sous la direction de Bruno Fortier avec lequel il signe plusieurs publications, il travaille sur l’Atlas des formes urbaines. Il est dans son élément.
Un nouveau détour par l’Ecole de Chaillot lui permet soudain de s’indigner à « l’idée terrifiante » de la restauration à l’identique, « une tarte à la crème ». « Il ne s’agit jamais des mêmes matériaux, de la même mise en œuvre, des mêmes normes, une restauration à l’identique ne tient pas la route », dit celui qui a finalement réalisé une bonne partie de sa carrière dans la réhabilitation de monuments historiques. « Il ne faut pas être dupe des formes qui se rapprochent des formes anciennes », ajoute-il pour faire bonne mesure.
« Ce que l’on nomme patrimoine est en réalité le moment où les gens inventent. Vauban s’adapte au réel, à la Monnaie de Paris, l’architecte Jacques-Denis Antoine conçoit une voûte qui résiste au feu. L’histoire est la matière première de l’architecture contemporaine », dit-il.
Dans l’agence encore pas complètement aménagée, il y a déjà le portrait d’André Larquetoux, cet homme déterminé qui, après moult recherches, a enfin trouvé dans ce jeune historien son architecte. Ingénieur – il avait notamment dirigé la reconstruction du port du Havre – André Larquetoux et son épouse Anna avaient acheté en 1960 la citadelle de Belle-Ile, ouvrage militaire légué par Fouquet et Vauban, qui disparaissait sous la végétation. A partir de la fin des années ‘80, ce maître d’ouvrage atypique en entreprend la restauration. Une démarche individuelle qui, effectuée sans architecte et sans aucune sorte d’autorisation, affole les ABF et autres agents de l’Etat.
En 1989, Philippe Prost avait participé à un colloque sur Vauban à Belle-Ile. Deux ans plus tard, alors qu’il était en train de monter une exposition au musée de Plans-reliefs, il reçoit un courrier d’André Larquetoux. « Je tombe de l’escabeau ; je suis chercheur, je n’ai pas d’agence et je ne suis pas du tout formé à la construction », se souvient-il. Lors de leur rendez-vous sur l’île, le propriétaire des lieux lui fait deux recommandations : « Dites-moi tout ce qui ne va pas et regardez les brouettes car ces gens-là (les ouvriers) savent des choses que vous ne savez pas, les études ne font pas tout ». Interloqué, Philippe Prost accepte la mission qu’il croit ponctuelle. « Je n’avais jamais fait de chantier de ma vie, je découvre 25 bonshommes et des jardiniers, un contremaître maçon italien bourru, la première étude, je l’ai trouvée énorme… », dit-il.
L’aventure – c’est à l’époque le plus gros chantier de monument historique, l’ensemble étant finalement classé en 2007 – durera finalement 15 ans. Et tout ce temps-là sans autre forme de contrat que la parole donnée, ce qui bien évidemment, pour un jeune architecte débutant, ne simplifie pas les choses avec les banques et les B.E.T…. A la fin de l’histoire, en 2005, sa thèse jamais écrite, Philippe Prost était devenu architecte.

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Activités

DEPUIS 2017
Membre de la Commission nationale architecture et patrimoine

DEPUIS 2016
Membre de la Commission nationale des monuments historiques

DEPUIS 2014
Membre de l’Académie de l’Architecture

DEPUIS 2013
Chevalier de l’ordre des Arts et Lettres

DEPUIS 2009
Membre du Conseil scientifique du Réseau des sites majeurs de Vauban

DEPUIS 2002
Président d’Avenir et Patrimoine

DEPUIS 1991
Membre du Conseil d’administration de l’Association Vauban

Enseignement

DEPUIS 2012
Président du Conseil d’administration de l’ENSA Paris-Belleville

DEPUIS 2008
Professeur à l’ENSA Paris-Belleville

1993-2008
Maître assistant à l’ENSA Paris-Belleville

1990-1993
Chercheur à l’ENSA Paris-Belleville / Laboratoire IPRAUS

Formation

1989
Diplômé de l’École de Chaillot – Paris

1986
D.E.A. en Urbanisme – Université de Paris VIII, E.N.PC. Paris

1985
D.E.S.S. en Urbanisme – Université de Paris VIII, Saint-Denis 

1983
Architecte D.P.L.G – École d’architecture de Versailles

Prix

2017

Dedalo Minosse International Prize
Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette.
Vicenza, Italie

Lauréat Trophée béton PRO 1ère édition
Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette.
Paris
, France

Geste d’Or du Grand Prix Architecture Urbanisme et Société
Cité des Électriciens à Bruay-la-Buissière
Paris, France

2016

Mention Spéciale au European Prize for Urban Public Space
Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette.
Centre de Cultura Contemporánea de Barcelona – Espagne

ACI Excellence in Concrete Construction Award
Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette.
American Concrete Institute – USA

Award for International Excellence et finaliste pour le RIBA INTERNATIONAL PRIZE 2016
Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette.
Royal Institute of British Architect R.I.B.A – Royaume Uni

1er Prix Architendance 2016
Cité des Électriciens à Bruay-la-Buissière

2015

Prix BMAA’15 – Prix National France
Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette.
Maître d’ouvrage : Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais.

Prix Iconic Award Best of Best
Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette.
Maître d’ouvrage : Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais.

2014

Mention spéciale Concours EDF BAS CARBONE 
La Cité des électriciens, Bruay-la-Buissière.
Maître d’ouvrage : Artois Comm.

Nominé au Prix Mies Van der Rohe.
Prix Culture de l’Equerre d’Argent du Groupe Moniteur.
Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette.
Maître d’ouvrage : Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais.

2009
Nominé au prix de l’Équerre d’Argent du Groupe Moniteur 
La Cour des Images, Bourg-lès-Valence.
Maître d’ouvrage : Ville de Bourg-lès-Valence

2008

Prix du livre d’architecture décerné par l’Académie d’architecture, arc-en-rêve centre d’architecture, France-Culture et Archiscopie. 
Vauban : Le style de l’intelligence.
Une œuvre source pour l’architecture contemporaine

2007
Prix de l’Association Vauban
Fort de Bouc, Martigues.
Maître d’ouvrage : Ville de Martigues

2006

Ruban du Patrimoine pour la Ville de Martigues
Fort de Bouc, Martigues.
Maître d’ouvrage : Ville de Martigues

Mention Projet Prix Rhônalpin du Patrimoine
La Cour des Images, Bourg-lès-Valence.
Maître d’ouvrage : Ville de Bourg-lès-Valence

Mention au prix de l’Équerre d’Argent du Groupe Moniteur
Logements Zac Réunion, Paris 20e.
Maître d’ouvrage : RIVP