Mémorial de l’ancienne gare de déportation de Bobigny
Sur le site de l’ancienne gare de déportation de Bobigny, où deux bâtiments ferroviaires subsistent en l’état depuis leur terrifiant usage, le pavillon d’accueil des publics installe la présence du Mémorial dans la ville. Tour à tour point de départ puis point d’arrivée d’une marche mémorielle, il représente un trait d’union entre présent et passé.
Constance de Zuttere, Cheffe de projet
Nabil Guettal, Chef de projet
Adrien Leroy, Assistant de projet
8'18, Mise en lumière
OTCE, BET TCE
AEU, BET HQE
Aménagement paysager et scénographique
100 m² bâtiment neuf
Une fenêtre temporelle et mémorielle
L’ancienne gare de Bobigny demeure l’un des lieux emblématiques de la déportation durant la Seconde Guerre mondiale en région parisienne, point de départ en train, après avoir transité au camp de Drancy, vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau à partir de juillet 1943 jusqu’en août 1944.
De cette époque, subsistent deux bâtiments restés en l’état, la gare de voyageurs et la halle de marchandises, et aussi la voie ferrée et le sol en pavé et ciment. Après-guerre, un ferrailleur s’était installé sur le site dans sa partie haute. Cette occupation partielle a eu finalement pour bénéfice de préserver la quasi entièreté du lieu, fait rare parmi les points de départ pour les camps. Depuis 2005, il est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.
Les visiteurs pénètrent en partie haute, franchissant une clôture en lames de bois, dont l’effet cinétique renvoie à la circulation des convois. Sur ce plateau, aménagé en esplanade du Présent, le pavillon d’accueil des publics fait l’articulation entre le lieu mémoriel – auparavant invisible – et la ville contemporaine. Il est composé d’une grande couverture en béton fibré, portée par deux voiles et des poteaux, formant ainsi une grande fenêtre ouverte sur le site. Il est aussi un auvent pour la préparation et le recueillement nécessaires avant de pénétrer dans cet univers chargé d’horreur. La géométrie rigoureuse des plans et des volumes et la matérialité du béton brut visent à inscrire silencieusement le pavillon dans la mémoire du lieu.
Vient ensuite le temps de l’immersion : le parcours de visite s’organise à travers une longue descente, plongée émotionnelle et symbolique entrecoupée de paliers de respiration jusqu’à atteindre les stèles d’acier Corten symbolisant les wagons à bestiaux, l’un des symboles les plus emblématiques de la Shoah. À la fin du parcours, depuis la Prairie du souvenir, le visiteur remonte vers le pavillon d’accueil par une pente douce aboutissant à la mise en perspective de l’ancienne gare, à travers le cadre formé par l’auvent et les refends de l’édifice. Cette ultime vision clôt le parcours de la visite.