Forteresse de la Rocca d’Anfo

D’une importance stratégique cruciale pour bloquer les forces d’invasion du Nord vers le Sud habituées à emprunter la vallée reliant Trente à Brescia, la forteresse Rocca d'Anfo au-dessus du lac Idro, construite pendant les guerres napoléoniennes, a non seulement été le théâtre de nombreuses batailles mais aussi d’une révolution cartographique.

Statut
Études

Surplombant de plus de 300 mètres, les eaux sombres du lac d’Idro, la tour sommitale de la forteresse de la Rocca d’Anfo échappe souvent au regard, perdue dans les brumes.

Pourquoi une telle forteresse à cet endroit ?

Lors des deux campagnes d’Italie, les Autrichiens avaient emprunté cette vallée qui relie Trente à Brescia pour prendre les Français à revers dans la plaine du Pô. Il avait fallu le génie tactique du général Bonaparte pour finalement l’emporter. Aussi il apparaissait dès lors vital de bloquer cette voie qui avait toujours été une voie d’invasion du Nord vers le Sud comme en témoignent casques et boucliers goths découverts alors par les officiers du Génie en creusant des retranchements provisoires pour fortifier à la hâte la route.                                

Le lieu a été le premier terrain d’application de la nouvelle méthode de représentation du relief terrestre au moyen de courbes de niveau équidistantes. Elle a été mise au point par Gaspard Monge et mise en œuvre par l’un de ses premiers élèves à l’école polytechnique, François Haxo.

C’est à l’ingénieur François Liédot, qu’il reviendra de concevoir un projet révolutionnaire tirant parti de cette cartographie. Les troupes empruntant un système de galeries souterraines invisibles à l’ennemi, il comprend qu’il est inutile de construire une enceinte continue pour contrôler cette route stratégique. Il propose alors d’occuper les seules positions indispensables pour observer et bombarder l’ennemi, abandonnant ainsi l’approche de Vauban pour lui préférer celle de Montalembert.

Les courbes de niveau, étant illisibles pour le communs des mortels de l’époque, y compris la plupart des militaires, un plan-relief démontable fut réalisé. Ainsi le Premier Consul décida de construire la forteresse. Celle-ci restera inachevée à la fin du Premier empire, mais demeurera un moment clé dans l’histoire de la cartographie comme de l’architecture militaire.